Avec l'Eletre, Lotus s'aventure sur un terrain encore inexploré pour la marque : celui du VUS 100 % électrique. Un virage audacieux, mais assumé, qui promet de rester fidèle à l'ADN de performance qui a fait la réputation du constructeur britannique. Lors de notre rencontre récente à Montréal, Massimiliano Trantini, PDG de Lotus Cars Americas, nous a parlé d'équilibre, d'innovation… et de la place que compte occuper l'Eletre sur le marché canadien.
Entretien exclusif avec Massimiliano Trantini sur l'électrification, le design et les ambitions de Lotus au Canada
P.F. Comment est né le projet de l'Eletre ?
M.T. Le design est profondément ancré dans l'ADN de Lotus. Il peut surprendre au premier coup d'œil, mais ça demeure une vraie Lotus. Historiquement, nos modèles étaient des voitures sport à deux places, directement inspirées de la Formule 1 — des voitures de course adaptées à la route.
Avec l'Eletre, on transpose cet ADN dans un tout nouveau segment. On passe d'une sportive pure et dure à un véhicule plus polyvalent, sans renier notre identité. L'idée, c'était d'offrir les mêmes sensations — performance, tenue de route, freinage, précision de direction — mais dans un format qui permet d'en profiter au quotidien… et en famille.
On a créé un véritable cocon autour du conducteur. On peut changer de mode, aller sur la piste, puis revenir à la maison dans un confort presque digne d'un salon. Je l'ai essayé au Circuit of the Americas, où j'ai enregistré plus de 1G d'accélération latérale dans un virage rapide. Et sur le chemin du retour, l'ambiance était complètement différente, très feutrée, notamment grâce au système audio KEF.
Au final, tout repose sur un mot : l'équilibre.
P.F. Pouvez-vous nous en dire plus sur les nombreux éléments aérodynamiques ?
M.T. Comme ingénieur, je regarde d'abord les chiffres, mais l'aspect visuel reste essentiel. Sur l'Eletre, l'ingénierie et le design vont de pair : la forme suit la fonction.
On parle beaucoup de « perméabilité » — des ouvertures qui permettent à l'air de circuler à travers le véhicule pour optimiser l'aérodynamisme. Résultat : un coefficient de traînée de 0,26, ce qui est excellent pour un VUS de cette taille. On est dans des chiffres qu'on associe normalement à une berline.
Encore une fois, ça revient à deux notions clés : l'équilibre, mais aussi la cohérence et la constance. C'est ce qui donne cette sensation unique au volant.
P.F. Avec l'Eletre, est-ce que Lotus suit la tendance électrique?
M.T. Lotus ne fait pas que suivre la tendance électrique — on cherche à définir notre propre voie. C'est très fidèle à l'esprit de Colin Chapman. En Formule 1, une grande partie des innovations techniques modernes — l'appui aérodynamique, la légèreté, le positionnement des composants — viennent de ses idées.
On essaie d'anticiper les tendances, mais surtout de proposer quelque chose de différent. Parfois, ça comporte des risques. Mais avec l'Eletre, je pense qu'on a réussi à créer un nouveau langage.
M.T. Le marché canadien est très segmenté. On retrouve des VUS de luxe au-delà de 160 000 $, et un segment « premium » entre 120 000 $ et 160 000 $.
L'Eletre se positionne dans cette deuxième catégorie. Notre objectif, c'est d'offrir le meilleur rapport entre prestations et prix — en clair, un produit de luxe à un prix premium.
P.F. Qui visez-vous comme concurrents ?
M.T. Porsche reste une référence, surtout dans le format du Cayenne. Les constructeurs allemands font un excellent travail, mais leur approche est différente de la nôtre.
On ne cherche pas à imiter — on veut affirmer notre propre identité. Historiquement, notre clientèle en Amérique du Nord est composée d'hommes de plus de 50 ans, souvent des passionnés de longue date.
Avec l'Eletre, on élargit cette base. On remarque un intérêt grandissant chez les femmes et chez une clientèle plus jeune — des gens qui veulent de la performance, mais aussi un véhicule polyvalent au quotidien.
On croit sincèrement qu'on crée un nouveau créneau. L'Eletre ne passe pas inaperçu : il attire l'attention partout. Même à Austin, des policiers m'ont intercepté simplement pour en savoir plus sur le véhicule.
P.F. Comment comptez-vous amener Lotus vers un public plus large ?
M.T. On est conscients des défis. Lotus a connu des périodes plus difficiles, mais avec ce repositionnement, on sent un réel engouement — autant chez nos fidèles que chez une nouvelle clientèle.
La perception change, et de façon positive. Lors du Grand Prix de Formule 1 à Montréal, Emerson Fittipaldi m'a demandé d'essayer l'Eletre. Il l'a gardé tout le week-end avec son fils, pilote de F2… et ce dernier ne voulait plus rendre les clés. Ça en dit long.
P.F. Où l'Eletre a-t-il été conçu ?
M.T. Il a été conçu à Coventry, à notre siège social, par Ben Payne, vice-président du design. Il a veillé à ce que l'Eletre conserve le même ADN que nos autres modèles, comme l'Emira et l'Eviya.
P.F. Avez-vous des objectifs de ventes précis ?
M.T. On privilégie avant tout la relation avec nos clients. Je le répète souvent : la relation ne se termine pas à la vente — elle commence à ce moment-là.
On veut aussi assurer la rentabilité de notre réseau de concessionnaires. Notre philosophie est simple : toujours produire une voiture de moins que la demande. Ça garantit l'exclusivité et la satisfaction.
Au Canada, on souhaite bâtir une véritable communauté — un écosystème de passionnés qui deviennent des ambassadeurs de la marque en partageant leur expérience sur les réseaux sociaux.
Avec l'Eletre, Lotus ne fait pas qu'entrer dans le monde des VUS électriques : la marque y impose sa propre vision. En combinant héritage sportif et polyvalence moderne, elle se taille une place à part sur le marché canadien — là où performance, innovation et plaisir de conduire se rencontrent.
(Crédits photos : Lotus et Piero Facchin)

