Il y a quelques mois de cela, nous publiions un article sur un des petits constructeurs d’automobile au Québec. Il était alors question de Michel Pigeon bien connu dans le milieu pour ses répliques de Cobra et de Ford GT-40. Mais, Pigeon n’est pas seul dans son cas. Si ce Québécois est un des plus prolifique chez nous, on doit alors mentionner Roger Allard qui, lui, ne construit pas avec la même vitesse que Pigeon mais dont les véhicules sont, toutefois, beaucoup plus sophistiqués. Et plus coûteux !
Les voitures qu’Allard construit sont aussi des répliques. Mais ce sont des autos plus anciennes et aussi plus rares que celles de Pigeon. En effet, Roger Allard dirige une petite entreprise de Laval qui construit des répliques de…Allard! Et pas n’importe lesquelles, des J2X originalement produites de 1952 à 1954 par le britannique Sydney Allard.
Roger Allard, lui (un Franco-ontarien), n’était pas dans le monde de l’automobile. Il était consultant en communications, un « problem solver », comme il aime se décrire. Il n’a eu connaissance de la marque Allard que durant les années quatre-vingt-dix, d’abord par les magazines. Il a finalement vu sa première Allard au célèbre musée Beaulieu en Angleterre. Ce fut le coup de foudre. Il lui en fallait une. Roger a alors appris qu’il y avait un Américain qui en produisit de (piètres) reproductions à San Diego. C’est là qu’il a tout hypothéqué non pas pour acheter un exemplaire de la réplique mais aussi toute l’entreprise incluant les moules pour la carrosserie de fibre de verre. Voyant qu’il fallait quand même tout refaire, il a demandé de l’aide de gens compétents, de bons Québécois qui savaient faire des travaux exceptionnels. Vous ne serez pas surpris d’y voir le nom de Terry Maxwell (alias Zeke dont l’histoire se retrouve, comme par hasard, dans ce numéro) avec qui il a assemblé son premier exemplaire.
Roger Allard est un perfectionniste. Il a fini par créer un premier prototype, l’Allard 001 qui a rapidement trouvé preneur par un collectionneur de Sedona en Arizona. Roger a donc été lui livrer la voiture mais en descendant dans le sud-ouest américain, il a fait un détour à Santa Monica en Californie chez un concessionnaire qui lui a organisé une visite chez le réputé collectionneur et star de la télé Jay Leno. On peut d’ailleurs voir cette première rencontre sur You Tube.
Malgré une aventure de quatre ans en Californie (là où le marché est prolifique pour les autos exceptionnelles), Roger est revenu au Québec et, depuis quatre ans, encore une fois, il possède maintenant un petit atelier super-spécialisé dans un parc industriel de Laval. Lors de notre visite au début novembre, la compagnie Les Automobiles Allard (ou plus affectueusement Allard Motor Works) en était rendue aux véhicules numéro 027 et 028. Bien entendu, Roger voyait le marché américain comme son débouché principal mais les récentes exigences de son président (Trump pour ne pas le nommer) ont un peu refroidi les ardeurs de tout le monde du domaine des autos de collection (Roger en a d’ailleurs vécu une expérience plus ou moins agréable lorsqu’il a voulu livrer une voiture neuve chez l’Oncle Sam. En se présentant aux douanes, les officiers lui ont demandé un « tarif » plutôt élevé pour lui permettre de passer les frontières. Notre entrepreneur a décidé de rebrousser chemin et de revoir sa comptabilité.
Mais ce ne serait que partie remise. Roger Allard ne se laissera pas décourager. D’ailleurs, il a su trouver des acheteurs en Nouvelle- Zélande, en Chine, en Espagne, en Suisse et ailleurs. Il saura se replacer…).
Chez « Allard Motor Works » de Laval, on ne fait que le modèle roadster J2X (quoi qu’il y ait du nouveau à venir…mais c’est secret!). Le châssis est construit à la main sur place (son empattement est de cinq pouces plus long que celui des Allard des années cinquante pour permettre un accès à l’habitacle plus facile) alors que le technicien principal de Allard, le britannique Greg Baker (autrefois mécano auprès de certaines équipes de Formule Un) voit à un assemblage minutieux des suspensions et de la mécanique. À l’origine, les J2 pouvaient être motivées par des V8 Ford « Flathead » mais dès l’arrivée de la série J2X de l’époque, les clients ont eu droit à des V8 Cadillac et Chrysler Hemi de 331 pouces cubes. Roger Allard a donc choisi des moteurs V8 Cadillac tout récents, des Chevrolet LT3 et e-Rod et des Chrysler Hemi de 5,7 et 6,1 litres combinés à une boîte manuelle Tremec ou automatique GM. « Ce qu’il y a de plaisant avec les GM, de dire Baker, c’est qu’il peut venir avec les connexions électroniques d’usine ce qui facilite l’installation de l’électronique et qui rend la légalisation de l’anti-pollution plus facile». Il faut ajouter ici que les nouvelles Allard répondent minutieusement aux strictes normes anti-pollution modernes (et de la NHTSA ou National Highway Traffic Safety Administration). Et chaque auto a son propre numéro VIN homologué. Actuellement, les Allard sortent d’usine avec des pneus Uniroyal.
Grâce à l’avancement en informatique, « Allard Motor Works » peut désormais fabriquer plusieurs pièces qui devaient, autrefois, être commandées chez de petits fournisseurs pas toujours fiables ni à la hauteur des exigences du petit constructeur. Vous aurez compris qu’on y travaille avec des imprimantes 3D et une machine CNC. Soulignons ici que Allard est voisin d’une autre entreprise avec laquelle il collabore (et dont il sera question ici dans un numéro futur), Felino.
La carrosserie de fibre de verre ou de carbone (selon l’option choisie par le client) est désormais créée à partir des moules achetés en Californie qui ont été minutieusement corrigés par le passé. Épousant les lignes originales avec fidélité, ces carrosseries sont, en revanche, un peu modernisées ne serait-ce que par l’ajout d’un coffre arrière qui peut accepter deux sacs de golf! Nous avons eu le privilège de voir une maquette d’un prototype de toit amovible qui devrait être proposé un peu plus tard! Spécifions, cependant, que le capot avant est fait de métal, une pièce que Roger Allard confie à un expert en la matière qui fabrique chaque persienne individuellement ! La peinture des autos est cuite.
Il faut porter une attention spéciale à l’habitacle dont la finition en cuir est tout simplement impeccable. Même les (traditionnels) cadrans sont fabriqués pour Allard affichant fièrement le nom de la marque dans la « police » originale de la marque. Dans un des modèles complètement terminés qui attendait sa livraison, Roger Allard nous a montré quelques ajouts modernes dont la plaque de recharge de téléphone cellulaire et moins moderne comme un écrin entre les deux sièges pour y glisser…un parapluie!
Mais alors, « la question qui tue » : combien vaut une Allard? Pour le moment, Roger Allard a répondu à notre question : 225 000 $ CDN. Bien entendu, on peut s’attendre à quelques surcharges si l’on demande des options imprévues. Il faut compter de 7 à 8 mois pour la construction de l’auto. Mais au bout de la ligne, on obtient un véhicule vraiment original. Une superbe réplique d’un véhicule ancien légendaire servie à la moderne !

