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nouvelles   24-07-2019   by Nathalie Savaria

Yves Racette à la tête du Pôle d’expertise en véhicules électriques du CPA Montréal


Un pas de plus vers l’électrification automobile

Yves Racette, responsable du Pôle d’expertise en véhicules électriques du CPA Montréal. (Photo : Newcom Média)

Début juillet, le Comité paritaire de l’industrie des services automobiles de la région de Montréal (CPA Montréal) a nommé Yves Racette, enseignant et expert en motorisation électrique, à titre de responsable du Pôle d’expertise en véhicules électriques, en collaboration avec la Commission scolaire de Montréal.

La nomination d’Yves Racette s’insère dans le contexte plus vaste de la volonté du gouvernement québécois d’électrifier les transports et de former des mécaniciens à cette fin.

Un soutien de 1,9 M$

En effet, le 27 juin dernier, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale et ministre responsable de la région de la Mauricie, Jean Boulet, a annoncé une aide de 1,9 M$ pour la formation des mécaniciens dans la réparation et l’entretien des véhicules électriques.

Grâce à ce soutien financier, les mécaniciens pourront développer les compétences nécessaires pour entretenir et réparer de façon sécuritaire tous les types de véhicules hybrides et électriques (VHÉ).

La formation sera offerte à des mécaniciens sélectionnés dans toutes les régions du Québec. Elle vise à former 16 superformateurs et 232 techniciens automobiles d’ici 2022.

Les candidats auront accès à un total de 874 heures de formation. Entre autres, ils pourront suivre un programme de formation en entretien et réparation de véhicules hybrides et électriques de 105 heures menant à une certification. Ils pourront ensuite accéder à un nouveau programme d’études en mécanique de véhicules hybrides et électriques de 645 heures, conduisant à l’obtention d’une Attestation d’études professionnelles (AEP).

Les six comités paritaires de l’automobile du Québec (Montréal, Cantons-de-l’Est, Laurentides-Lanaudière, Mauricie, Québec et Saguenay-Lac-Saint-Jean) vont chapeauter le projet de formation.  Le CSMO-Auto se chargera d’assurer l’inscription à la formation pour les ateliers hors territoire non assujettis à un CPA.

Le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale assumera 54 % du coût total de ce projet de formation de trois ans évalué à 3,6 M$, l’industrie investissant pour sa part 1,7 M$.

Un Pôle d’expertise en véhicules électriques

C’est avec une feuille de route impressionnante et une expertise reconnue en VHÉ qu’Yves Racette (voir la section « Yves Racette en bref » à la fin de cet article) s’est joint au nouveau Pôle d’expertise en véhicules électriques du CPA Montréal, dont il pilotera l’implantation et le développement dans l’ensemble du Québec..

« Mon rôle consistera d’abord à piloter le projet provincial pour mettre en place les formations qui seront dispensées dans toutes les régions. Un comité de superformateurs va être établi. Les superformateurs devront être formés et maintenus en formation, car ils doivent rester compétents. Le but est d’avoir un superformateur dans chaque région. Ensuite, les superformateurs vont former d’autres formateurs dans chaque région. En fait, la démarche vise à créer une expertise provinciale pour que les centres de formation professionnelle puissent se perfectionner afin de pouvoir donner la formation de 645 heures. En ce moment, on n’a pas de formateurs. Donc, le but ultime est d’avoir des formateurs expérimentés, qui sont capables et qui se sentent à l’aise de donner cette formation. »

M. Racette s’assurera que les formations se font aux bons endroits et que les superformateurs reçoivent une formation adéquate, avec le soutien de l’École des métiers de l’équipement motorisé de Montréal (ÉMÉMM), qui est à l’origine de cette initiative et des deux programmes de formation en VHÉ.

Notre expert souligne que les superformateurs sont déjà des enseignants. Parmi eux figurent Nicolas Piguet, Éric Émond, Michel Belval et Stéphane Vaudeville, qui enseignent tous à l’ÉMÉMM, établissement où les superformateurs suivront leur formation.

« Il y a un noyau qui a été formé à l’ÉMÉMM, car ça fait déjà un an que nous donnons le cours de 105 heures. Ce sont des personnes qui sont déjà capables de former des formateurs. »

Outre le volet formation, le responsable du pôle d’expertise veillera prioritairement à ce que les centres de formation professionnelle (CFP) disposent de l’outillage et de l’équipement nécessaires.

« On n’a pas de matériel dans les centres de formation professionnelle parce que cette formation ne figurait pas à l’intérieur d’un programme donné. On doit donc équiper les centres pour qu’ils puissent donner les formations. Dans certains centres, ils n’ont même pas de véhicules », commente-t-il.

Le profil des mécaniciens

La formation s’adresse à des apprentis mécaniciens et à des mécaniciens qui ont déjà un DEP ou une expérience équivalente sur le marché du travail, qu’ils soient assujettis ou non à un comité paritaire, précise Yves Racette.

Le but est d’attirer les mécaniciens qui travaillent déjà dans un atelier et qui veulent diversifier leurs connaissances. Alors que la plupart des grands constructeurs se dirigent vers une forme d’électrification, le maintien en emploi de nombreux techniciens dépend de cette formation.

« Habituellement, ce ne sont pas des apprentis qui vont entretenir ces véhicules-là, car dès qu’il y a un problème, ça peut être dangereux », affirme M. Racette.

Selon notre expert, il faut posséder certaines notions d’électricité avant d’entreprendre une formation en VHÉ, qui repose sur des notions abstraites.

« On ne peut pas donner un cours en mécanique de véhicules hybrides à quelqu’un qui ne connaît pas déjà son multimètre et qui ne sait pas comment vérifier de bas voltages », dit-il.

Le but n’est pas de décourager toute personne qui n’a pas son DEP, ajoute-t-il, mais simplement de l’aider, en lui suggérant d’aller suivre un cours d’électricité de base avant d’entreprendre une formation en mécanique hybride.

À cette fin, un outil d’évaluation en ligne sur le réseau des CPA permettra bientôt à tout technicien de dresser son profil de formation.

« Grâce à un test de connaissances, il pourra savoir exactement où il se situe et quels cours il devra suivre », mentionne M. Racette.

Rosemonde Legault, conseillère aux communications du CPA Montréal. (Photo : Newcom Média)

Pour ce qui est du cheminement de formation, celui-ci se fera en alternance travail-études (ATE). Les mécaniciens seront libérés par leur employeur afin de suivre la formation offerte uniquement de jour pour le moment.

« Je peux déjà vous dire qu’à la suite de l’annonce de l’aide de 1,9 M$, on a des gens qui appelaient partout dans les CPA pour savoir comment inscrire leurs travailleurs. Donc, le besoin est là », constate Rosemonde Legault, conseillère aux communications du CPA Montréal.

Du côté des propriétaires d’atelier

Pour les propriétaires d’atelier, cette annonce gouvernementale est aussi une bonne nouvelle. Cependant, ils vont devoir gérer l’absence de leur employé parti en formation, alors que beaucoup n’ont pas les effectifs suffisants en atelier. De plus, ils devront se procurer l’équipement et les outils nécessaires pour entretenir et réparer les VHÉ.

Or, d’après Yves Racette, ce matériel ne nécessite pas d’investissements importants.

Des gants de protection, un multimètre, un outil de diagnostic pour les pertes d’isolation de la batterie haute tension, un monte-charge pour les batteries qui sont très lourdes en général, voilà tout ce qu’il faut pour travailler sur des VHÉ. En gros, un atelier doit s’attendre à débourser entre 6 000 et 10 000 $, selon la qualité et le nombre d’outils et d’équipement achetés, estime Yves Racette.

Pour notre expert, l’investissement se traduit davantage par la somme de temps consacrée à la formation les mécaniciens qualifiés afin qu’ils disposent des connaissances requises pour entretenir et réparer les VHÉ de manière sécuritaire (voir notre article sur l’entretien sécuritaire de VHÉ).

Quant aux frais de scolarité, la situation est la suivante : pour un atelier qui fait partie d’un CPA, le salaire de l’employé sera remboursé dans son entièreté, moitié par le gouvernement, moitié par le CPA. Pour les ateliers hors territoire non assujettis à un CPA, le gouvernement couvrira 50 % du salaire de l’employé jusqu’à un certain montant. L’autre moitié sera payée par l’employeur.

Au bon moment pour accompagner l’industrie

Selon Rosemonde Legault, ce projet de formation arrive à point nommé dans l’industrie des services automobiles.

« On est au début de la courbe. On arrive au bon moment si on veut vraiment préparer l’industrie pour que les travailleurs soient prêts à accueillir les véhicules hybrides et électriques dans les ateliers. Les CFP attendaient certainement que le réseau des CPA pilote ce genre d’initiatives. »

Si des initiatives commençaient d’ailleurs à voir le jour dans l’industrie, « la mise en place du Pôle d’expertise et celle du Chantier sur l’entretien et la réparation des véhicules électriques montrent clairement la voie à suivre », fait valoir Mme Legault.

Mentionnons que le Chantier sur l’entretien et la réparation des véhicules électriques a été mis en place par le CPA Montréal. Depuis maintenant deux ans, il réunit les acteurs clés de l’industrie des services automobiles lors d’une journée de concertation annuelle autour des véhicules électriques.

Par ailleurs, Mme Legault précise que le pôle et le chantier engloberont à terme non seulement la mécanique automobile, mais également la carrosserie et les véhicules lourds.

« Prochainement, nous lancerons le chantier carrosserie, et, éventuellement, celui des véhicules lourds », annonce-t-elle.

De plus, chaque chantier aura son comité provincial composé des principaux acteurs et partenaires de l’industrie, ainsi que des CFP,  « afin de mettre en action le projet de formation », ajoute-t-elle. Le comité provincial pour la mécanique automobile est déjà en activité.

Un modèle pionnier

Pour Yves Racette, l’engagement financier du gouvernement pour la formation des techniciens est un bon début. Une graine a été semée et le projet pourrait être appelé à grandir.

Personnellement, il admet qu’il songeait depuis longtemps à un tel pôle d’expertise. Les astres se sont finalement alignés pour concrétiser son idée. À sa connaissance, il n’existe rien de comparable ailleurs en Amérique du Nord actuellement. Au-delà des formations données pour l’industrie, il n’y a aucune initiative de collaboration qui se rapproche du Pôle d’expertise en véhicules électriques. Donc, il s’agit d’un modèle pionnier, croit Yves Racette.

Quant à ses nouvelles fonctions, notre expert les perçoit comme un beau défi de gestion et de coordination visant à créer une expertise provinciale.

« Mon but ultime est de rendre les personnes plus compétentes, pour qu’elles soient capables de réparer les véhicules, et pas juste à Montréal. En région, les techniciens vont devoir réparer les mêmes véhicules. Par exemple, quelqu’un qui vient de Montréal ou de Québec et qui se déplace à travers les régions doit pouvoir trouver un endroit pour faire une réparation si son véhicule tombe en panne en Beauce. Il faut être capable de réparer la flotte de véhicules qui s’en vient et qui est déjà là. »

Pour sa part, le Comité paritaire de l’industrie des services automobiles de la région de Montréal se réjouit de pouvoir compter sur l’expertise d’Yves Racette.

« On est vraiment content. Pour l’instant, Yves est avec nous pour une durée indéterminée. Tant que le pôle d’expertise se développe, on espère avoir Yves à nos côtés. C’est vraiment l’expert dans le domaine », commente Mme Legault.

D’ailleurs, « le CPA Montréal n’entend pas s’arrêter après la fin de la subvention dans trois ans, mais jusqu’à temps que l’industrie soit formée », ajoute-t-elle.

Le CPA Montréal souhaite que cette nouvelle initiative valorise le métier et contribue à attirer de nouvelles recrues. Et, comme pour l’ensemble du réseau des CPA, l’objectif ultime demeure la qualification.

« D’ici cinq ans, l’objectif est d’intégrer aux examens de qualification les compétences en VHÉ », déclare Mme Legault.

 

Yves Racette en bref

Yves Racette

Enseignant à l’École des métiers de l’équipement motorisé de Montréal (ÉMÉMM) et formateur technique depuis 1995, Yves Racette est un spécialiste certifié en véhicules hybrides et électriques (VHÉ). Il détient la réputée certification SAE pour le diagnostic avancé des VHÉ.

Pionnier dans l’électromobilité, il a contribué à former la première génération d’enseignants dans ce domaine au Québec.

Formateur pour deux grandes marques automobiles, il a également enseigné dans de nombreuses régions du monde, notamment au Moyen-Orient, en Amérique du Nord, en Afrique et en Asie.

Titulaire d’un brevet d’enseignement de l’Université de Sherbrooke (2001), il détient aussi un certificat de concepteur pédagogique ainsi qu’un certificat de gestionnaire de formation de l’Université Concordia.

Au cours des 20 dernières années, M. Racette a conçu et rédigé plusieurs programmes d’études, techniques et non techniques, pour de nombreuses organisations.

Il est d’ailleurs à l’origine du programme de formation en entretien et réparation de véhicules hybrides et électriques de 105 heures, conçu et rédigé par Nicolas Piguet, enseignant à l’ÉMÉMM.

Il est le concepteur et rédacteur principal du nouveau programme d’études en mécanique de véhicules hybrides et électriques, conduisant à l’obtention d’une Attestation d’études professionnelles (AEP) de 645 heures. Il était appuyé par Stéphane Hébert, un enseignant et technicien rattaché à la commission scolaire de Sherbrooke, qui a révisé et validé l’information, ainsi que par une équipe de conseillers pédagogiques. Approuvé récemment par le Ministère de l’éducation du Québec, l’ÉMÉMM sera le premier centre de formation professionnelle (CFP) à offrir le programme cet automne. D’autres CFP emboîteront progressivement le pas.

Yves Racette a créé sa propre entreprise afin de dispenser une formation de qualité en technologie des VHÉ pour répondre à la demande croissante de l’industrie.

Depuis 2014, il est chroniqueur expert pour le magazine L’automobile.


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2 commentaires » for Yves Racette à la tête du Pôle d’expertise en véhicules électriques du CPA Montréal
  1. Christian Sylvain says:

    Ces cours son de très bonnes nouvelles pour ce métier mal aimé enfin des cours à jours stimulent, je serai intéressé à faire partie des candidats en plus avec un formateur passionné c est beaucoup plus challengant

  2. Felix Bouchard says:

    BRAVO! Excellente nouvelle pour notre industrie!

Commentaire:

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