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L'automobile
nouvelles   09-07-2003   by Vendez-en, des chars!

L’industrie va bien, dit-on.


On demandait un jour à un astronaute sur le point de monter dans une navette spatiale s’il avait peur de partir.

Il répondit : « La navette spatiale compte 2 879 398 pièces distinctes. Chacune d’entre elles est fabriquée par le plus bas soumissionnaire… N’auriez-vous pas peur à ma place? »

On est proche des techniciens et des garagistes quand on publie un « canard » comme celui-ci. Ce que j’entends de ces temps-ci, c’est que « les affaires vont bien ». L’industrie de l’entretien et de la rechange des pièces automobiles amorce quelques bonnes années, parait-il…

Habituellement, on est beaucoup mieux placé pour interpréter ce qui est là que pour prédire ce que sera demain, parce que le présent offre immanquablement « une preuve » de ce qu’on avance. Il y a toujours quelqu’un pour expliquer une situation, mais on n’a jamais de garantie que cela soit la bonne explication. Par exemple, il y en a pour blâmer la hausse du dollar de tous les maux, d’autres pour dire qu’un dollar fort, c’est bon pour l’économie. Mais voyons donc ! Si l’économie était vraiment une science, la Bourse s’écroulerait, les femmes n’achèteraient plus de souliers et les économistes iraient vendre des crayons dans le métro.

Assis près de mon ami Tony Manzo, de Dayco, après la partie de golf d’Uni-Sélect, on jouait aux économistes pour expliquer cette « bonne passe ».

« Les gens voyagent davantage avec leur automobile depuis 9/11… » me dit Tony. Pourtant, la dernière étude de JDPower démontre que les automobiles accusaient un kilométrage moyen de 124 000 km en 2002, soit 2 000 de moins qu’en 2001. Peut-être 2003 est-elle en fait l’année où les gens démontrent qu’ils en ont assez d’être tripotés par des tatas-sans-humour-qui-vous-volent-votre-coupe-ongle dans les aéroports; ils prennent désormais leur voiture pour aller à Toronto. En tout cas, c’est mon cas. Le double prix du billet aide la décision.

« Il y a tant de trafic à Montréal que les moteurs des voitures roulent probablement plus longtemps pour le même millage quotidien… » lui ai-je répondu. C’est vrai que les ventes d’automobile records des dernières années et l’ineptie du vieux réseau routier de Montréal ne font rien pour améliorer le temps de trajet moyen pour rencontrer un client. Ce qui fait que pour aller de A à B, il y a toujours 12 kilomètres, mais 68 minutes au lieu de 12. Ça use davantage le moteur, les filtres, les freins, l’air conditionné et les nerfs…

« Les voitures vieillissent… » ajoute le voisin de table, Richard Lévesque, de Batteries électriques Gagnon. Il a bien raison sur ce point, mais contrairement à nous, elles vieillissent mieux. Moins de réparations sont aujourd’hui nécessaires dans les premiers 5 ans de vie. Il faut dire qu’il y a en ce moment surproduction de bagnoles. Il faudra que meure au moins un « grand » de l’auto pour que le marché s’assainisse, que les prix montent et qu’il devienne plus avantageux de réparer une automobile que d’en arranger les restes, ce qui ne saurait trop tarder…

« Les gens conduisent de plus en plus mal », ajoute Serge, de l’autre côté de la table. Je réfléchis un peu : il y a en effet beaucoup de gadgets qui distraient la conduite : radio, téléphones, CD, TV, cruise control, GPS. Ça prend un cours de lecture rapide juste pour pouvoir utiliser la commande d’essuie-glaces. Cette explication peut s’appliquer aux dommages de collision, mais elle ne tient pas la route pour les pièces automobiles, sauf pour mon épouse qui roule avec le frein à main activé. Il faut chercher ailleurs.

« Les gens sont hyper occupés, ils négligent leur voiture, alors quand il y a des réparations, elles sont plus importantes », ajoute Jacques, en mastiquant sa salade. En fait, la facture moyenne tend à demeurer stable chez les concessionnaires, mais à effectivement augmenter chez les indépendants et les banniérés, d’après notre étude JDPower de l’an dernier. Si on ne change pas les bandes de freins à temps, c’est toute la quincaillerie qu’on devra changer. Les négligents amènent de bonnes affaires au technicien!

« Il y a plus de voitures sur le marché, alors il y en a plus à réparer », signale Tony. C’est d’une logique implacable. C’est comme les hôpitaux : leur nombre et leur clientèle croit avec la population, bien qu’on ne jette généralement pas le petit dernier qui est malade à la poubelle parce qu’un nouveau bébé est moins cher…

Roger Goudreau, de CPA-Montréal (Comité paritaire de l’automobile ¿ Montréal) avance d’autres hypothèses :
1) l’état des routes. Il n’y a pas assez s’argent pour réparer nos trous béants, alors c’est la suspension et la direction qui écopent
2) Le dernier hiver, qui a été très dur pour la mécanique et la carrosserie de nos autos
3) Les jeunes achètent systématiquement la voiture de papa, mais n’ont pas la patience ou les talents pour bricoler après
4) Les baby boomers s’accrochent à leur voiture plus longtemps.

J’ai une dernière hypothèse, pas plus pire que toutes celles-là. Les fabricants sont en proie à une crise de concurrence sans précédent dans l’histoire automobile et beaucoup de pièces sont « imparties » à des tierces sources, au plus bas coût possible, et assemblées par des gens qui gagnent à peine le prix d’une danse-contact par jour. Même si un contrôle de qualité est appliqué, la logique du plus bas soumissionnaire amène peut-être sur le marché des pièces d’origine dont la durée de vie est scientifiquement limitée… Le consommateur en a, en quelque sorte, « pour son argent ». Qu’il se compte chanceux que sa voiture ne vole pas dans la stratosphère!

Quel que soit le, ou les, facteurs plus influents, ce n’est pas le technicien automobile qui se plaindra de la situation.

Guy Arbour


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