Services à l’abonné
Magazine & e-Bulletin
L'automobile
nouvelles   11-10-2017   by Mike Blanchfield, The Canadian Press

Des « propositions ridicules » pour tuer l’ALENA


Appelons cela l’art de la non-négociation.

Alors que la quatrième ronde de renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain s’amorce cette semaine, près de Washington, un consensus semble se dégager : une série de positions de négociation américaines intenables ferait partie d’un plan du président américain Donald Trump afin de se retirer du pacte commercial continental pour plaire à sa base électorale.

Certains citent une proposition de type « Buy American », qui limiterait l’accès au Canada et au Mexique aux appels d’offre américains, présentée lors de la troisième ronde de discussions à Ottawa il y a deux semaines.

Mais plus de tuiles pourraient tomber au cours de cette prochaine ronde, alors que les États-Unis pourraient s’aventurer dans un autre dossier litigieux : son désir d’obtenir un plus grand accès à l’industrie laitière protégée du Canada.

« Je pense de plus en plus que les propositions sont des pilules empoisonnées », a déclaré Dan Ujczo, avocat spécialisé en commerce international au cabinet Dickinson Wright, dans l’Ohio.

« Ce sont des propositions que ni le Canada ni le Mexique ne peuvent accepter. »

Dan Ujczo affirme que la proposition du « Buy American » constitue à ce titre un excellent exemple. En termes simples, les États-Unis voudraient limiter l’accès des entreprises mexicaines et canadiennes à leurs appels d’offre publics, tout en recherchant un meilleur accès pour les entreprises américaines aux appels d’offre du gouvernement mexicain et du gouvernement canadien.

Ce point d’achoppement ainsi que d’autres problèmes difficiles semblent se pointer à l’horizon, dont les produits laitiers, les pièces automobiles, le système de règlement des conflits ainsi que la révision de l’ALENA tous les cinq ans demandée par les États-Unis.

« On ne va nulle part. C’est clair. Les États-Unis ont des propositions ridicules sur la table », a déclaré Jerry Dias, président du syndicat canadien Unifor.

« Vous faites ce genre de propositions que si vous ne cherchez pas vraiment à trouver un accord. »

La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a affirmé à Ottawa, le dernier jour de discussions il y a deux semaines, que l’accord de libre-échange entre le Canada et l’Union Européenne récemment achevé, qui a ouvert les marchés locaux des deux côtés, était l’option préférée du Canada.

« Nous aimerions encourager nos voisins immédiats à atteindre le niveau d’ambition que nous avons pu atteindre avec nos partenaires outre-Atlantique.»

Peter Clark, un stratège en commerce international établi à Ottawa qui a participé aux premières négociations de libre-échange entre le Canada et les États-Unis ayant abouti à la signature de l’ALENA dans les années 1990, a déclaré que l’attitude américaine est un exemple sans précédent de ce qu’il ne faut pas faire lors d’une négociation. Il s’agit d’une tactique menant assurément à un échec.

« Trump ne croit pas qu’il peut obtenir ce qu’il veut vraiment sans déchirer ou résilier l’accord. C’est comme ça qu’il fonctionne. »

M. Clark prédit que le Canada pourrait recevoir d’autres propositions intenables au cours de la quatrième ronde de renégociation.

Le secrétaire à l’Agriculture, Sonny Perdue, a déclaré lors d’une discussion commerciale à Washington la semaine dernière que les États-Unis demanderaient probablement au Canada un accès plus facile à ses marchés laitier et avicole.

Le secteur laitier a été exclu de l’ALENA en 1994, mais le système de gestion de l’offre, qui limite la quantité de produits laitiers qui peuvent être importés au Canada sans tarifs élevés, demeure un irritant persistant.

Trump a crié à l’injustice à propos d’un contrat subséquent fait en dehors de l’ALENA qui permet aux producteurs laitiers canadiens de vendre à prix réduit des protéines laitières aux entreprises de transformation afin de protéger l’industrie contre les importations d’ingrédients laitiers américains bon marché.

Le gouvernement libéral s’est engagé à plusieurs reprises à protéger la gestion de l’offre et son secteur agricole.

L’industrie laitière du Canada a déclaré qu’elle ne savait pas si les négociateurs américains s’amèneront au prochain tour avec des propositions fermes.

Selon Robert Zoellick, ancien président de la Banque mondiale et ancien représentant américain au commerce sous George W. Bush, il y a un « risque sérieux » de perdre l’ALENA en raison de l’approche de Trump.

Dans un événement en marge de l’ALENA à Washington la semaine dernière, M. Zoellick a déclaré qu’il est impossible pour le Canada d’accepter une demande clé de Trump en vue d’abolir les panels qui régleront les conflits. M. Zoellick a rappelé combien le Canada s’est battu pour inclure ce chapitre dans l’Accord de libre-échange d’origine entre le Canada et les États-Unis, le précurseur de l’ALENA.

« Les Canadiens se sont saignés pour y parvenir, a-t-il dit. C’est très important pour le gouvernement canadien de ne pas abandonner les dispositions du chapitre 19. »


Imprimer cette page



connexes


Commentaire:

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*