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nouvelles   16-05-2018   by Alexander Panetta, La Presse canadienne

ALÉNA : La date limite approchant, un accord rapide est-il encore possible?


M. Trump et M. Trudeau discutent, le Mexique exprime des doutes quant au fait qu’un accord puisse être conclu à temps et les États-Unis disent que des problèmes majeurs ne sont toujours pas résolus

Le président Donald Trump et le premier ministre Justin Trudeau ont discuté récemment de la possibilité de conclure immédiatement un accord de l’ALÉNA, malgré les signes de scepticisme quant à la faisabilité de cet objectif.

Les responsables américains semblent moins optimistes quant aux perspectives d’un accord de l’ALÉNA d’ici la fin de la semaine, ce qui est considéré comme le délai non officiel pour la finalisation d’un accord cette année.

Alors que certains voient la date limite comme étant de facto jeudi, les négociateurs de haut niveau n’ont même pas encore de rendez-vous pour cette semaine et un politicien américain de premier plan dit qu’aucun des dossiers chauds n’a été résolu.

Les pays se réunissent fréquemment dans le but de parvenir à un accord avant les élections nationales au Mexique et aux États-Unis, ce qui retardera le processus jusqu’en 2019.

Les dirigeants nationaux ont parlé au téléphone afin d’obtenir un accord rapide. Dans un communiqué publié lundi, le bureau de M. Trudeau a dit qu’ils parlaient de «conclure rapidement les négociations» et la Maison-Blanche a publié une déclaration affirmant que «le président Trump a souligné l’importance de conclure rapidement un accord».

Pourtant, lors d’une apparition au National Press Club de Washington lundi, le secrétaire au Commerce de M. Trump a répondu par la négative lorsqu’on lui a demandé si des problèmes majeurs avaient été résolus récemment.

«Je crois qu’aucun de ces grands dossiers chauds ne l’a été», a déclaré Wilbur Ross.

«Les règles d’origine, une éventuelle clause de révision aux cinq ans, les mécanismes de résolution des conflits, la main-d’oeuvre – de grands sujets comme ceux-là – restent inachevés. Ce sont des questions très complexes – en particulier les règles d’origine.»

Il y a plusieurs signes d’une déconnexion entre les ambitions de ceux qui veulent des changements importants dans l’accord et le laps de temps de plus en plus court qui reste pour parvenir à un accord à court terme.

«Les règles d’origine, une éventuelle clause de révision aux cinq ans, les mécanismes de résolution des conflits, la main-d’œuvre – de grands sujets comme ceux-là – restent inachevés.»

– Wilbur Ross, secrétaire américain au Commerce

Les produits pharmaceutiques sont un exemple. La semaine dernière, les États-Unis ont manifesté leur désir de recourir à des accords commerciaux pour changer la façon dont les prix des médicaments sont fixés à l’étranger, dans le but de faire payer aux autres pays une plus grande part des coûts de la recherche pharmaceutique.

Les États-Unis se sont plaints spécifiquement des politiques de prix canadiennes.

Une telle négociation serait sûrement controversée, mais une personne au courant des discussions a déclaré que celle-ci n’a pas eu lieu de manière substantielle, car le dossier de l’automobile reste au centre de la négociation.

Le secteur laitier est un autre exemple.

Il s’agit d’une autre question politiquement délicate qui compte non seulement pour les Canadiens, mais aussi pour les principaux politiciens américains. Le chef du Congrès, Paul Ryan, qui vient du Wisconsin, un État producteur de lait, l’a décrit comme un autre problème majeur non résolu.

M. Ryan a fait quelques allusions subtiles quant à ses propres doutes sur un accord immédiat.

Dans un discours prononcé la semaine dernière, le président de la Chambre a noté qu’il avait aidé à rédiger les règles de la législation dite accélérée pour passer un accord commercial par l’intermédiaire du Congrès américain.

Il a estimé que les législateurs devraient voir le texte papier d’un accord d’ici jeudi pour respecter tous les délais de procédure pour un vote en 2018.

Lors d’une réunion la semaine dernière avec la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, M. Ryan a décrit les échéances inscrites dans la législation qu’il a contribué à créer.

Dans son discours de lundi, le secrétaire au Commerce a fait allusion au fait que Mme Freeland a rencontré des législateurs lorsqu’elle était à Washington la semaine dernière, chose que les fonctionnaires du Canada et d’autres pays font régulièrement.

M. Ross a noté que d’autres pays essayaient de travailler avec les négociateurs américains et traitaient directement avec les législateurs.

«Le négociatrice en chef canadienne était ici aux États-Unis. Elle a passé deux heures et demie avec nous à négocier, et environ 40 heures à faire pression sur Capitol Hill», a déclaré M. Ross.

«Ce n’est pas un ratio inhabituel pour les pays étrangers. Ils essaient de nous contourner à travers le processus politique.»

Les calculs de M. Ross n’étaient pas tout à fait justes. Bien qu’il soit vrai que Mme Freeland a rencontré des législateurs, elle a passé plusieurs heures à Capitol Hill, bien moins que le nombre suggéré par M. Ross.

Les tarifs de l’acier et de l’aluminium constituent un autre élément d’incertitude permanent.

Les tarifs devraient toucher le Canada et le Mexique le 1er juin, selon les résultats de l’ALÉNA. M. Ross ne pouvait dire ce qui se passerait quand on lui posait des questions sur les tarifs: «Vous serez le premier à le savoir le 1er juin… ou peut-être un peu avant.»

Le Mexique doute qu’un accord soit conclu avant la date limite

Ne vous attendez pas à un accord de l’ALÉNA avant la date prévue pour cette semaine, a déclaré mardi le ministre mexicain de l’Économie.

Ildefonoso Guajardo a déclaré au réseau Televisa de son pays qu’il ne voit pas d’accord jeudi, ce que le Congrès américain appelle la dernière date possible pour conclure un accord afin d’avoir le temps de voter cette année.

«Ce n’est pas facile. Nous ne croyons pas que nous l’aurons d’ici jeudi», a déclaré M. Guajardo.

Mais il a dit qu’un accord est encore possible. Il conteste seulement l’idée qu’il y a un vrai délai pour y arriver, juste parce qu’un retard supplémentaire au-delà de cette semaine pourrait compliquer le processus de mise en œuvre au Congrès.

«Le problème est que vous avez besoin de flexibilité de la part des parties.»

– Ildefonoso Guajardo, ministre de l’économie du Mexique

M. Guajardo a déclaré que les États-Unis doivent faire preuve d’une certaine flexibilité sur les propositions clés de l’ALÉNA.

Il a même révélé les détails d’une conversation à ce sujet entre le premier ministre Justin Trudeau et le président Donald Trump, qui se sont entretenus par téléphone lundi.

Il a déclaré que le premier ministre canadien avait transmis un message semblable à M. Trump.

«Ce que le premier ministre Trudeau lui a dit, c’est qu’il y a les ingrédients… pour arriver à un accord», a déclaré M. Guajardo. À partir de ce moment, vous pourriez avoir un accord négocié à tout moment.»

«Le problème est que vous avez besoin de flexibilité de la part des parties.»

M. Guajardo a dit que la partie américaine doit abandonner certaines de ses propositions impraticables, dont certaines qu’il a qualifiées de contradictoires. Il a mentionné spécifiquement l’idée américaine d’une clause de révision aux cinq ans, qui mettrait automatiquement fin à l’ALÉNA après cinq ans, à moins que les trois parties ne conviennent de le conserver.

Il a souligné le chaos que cela pourrait engendrer dans le secteur automobile. Selon lui, les États-Unis veulent apporter des changements qui obligeront les entreprises automobiles à passer les prochaines années à réorganiser leurs chaînes logistiques, alors même qu’ils poussent l’idée qu’on pourrait mettre fin à l’ALÉNA.

«Imaginez ça», a déclaré M. Guajardo.

Les représentants canadiens ne commenteront pas les détails de l’appel téléphonique Trudeau-Trump de cette semaine. Les deux pays ont publié des déclarations révélant que les dirigeants ont parlé de la conclusion rapide des négociations.

Tout échec à conclure un accord ce printemps retardera probablement les négociations en 2019, après l’assermentation d’un nouveau Congrès américain et d’un président mexicain.


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