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L'automobile
Article de fond   09-10-2018   by Nathalie Savaria

Trump


Nous reproduisons le mot de la fin de notre rédacteur sénior, Michel Poirier-Defoy, paru dans le numéro de septembre-octobre 2018 du magazine L’automobile.

Rien de tel comme titre pour s’assurer que le lecteur lira ce qui suit.

Il serait cependant trop facile d’avoir une petite montée de lait à l’endroit de ce président imprévisible, mégalomane et narcissique, sans rappeler certaines étapes à propos de l’industrie automobile, devenue le plus important commerce avec nos voisins du Sud.

Il faut remonter à 1911, quand Henry Ford ouvrit une première usine au Canada, pour en retracer les débuts. Il était plus facile d’établir une chaîne de montage ailleurs que d’exporter les véhicules de Detroit. Ce que le bon vieux Henry fit dans plusieurs pays, et même en Europe. General Motors devait suivre à Oshawa et Chrysler à Windsor quelques années plus tard. Pendant plus de 50 ans, l’industrie automobile américaine connut une progression soutenue et des profits mirobolants.

L’ancêtre de l’Accord de Libre Échange du Nord de l’Amérique (ALÉNA) fut en fait le Pacte de l’automobile en janvier 1965. Il éliminait tous les tarifs douaniers et toutes les taxes (véhicules automobiles, pièces et pneus) entre les deux pays et profitait largement aux trois grands (Ford, Chrysler et General Motors). D’une production verticale comme le Rouge plant de Dearborn où on fabriquait l’acier à un bout et des Model T à l’autre, on passait à une production horizontale où des pièces Made in USA pour l’assemblage des véhicules étaient acheminées à travers un réseau nord-américain. L’effet fut immédiat et profita à nouveau aux trois grands, retardant l’invasion des produits japonais qui demeuraient sujets à des tarifs douaniers. Jusqu’à ce que les Japonais comprennent les règles du jeu et installent leurs propres usines en Amérique.

L’ALÉNA à trois pays eut un précurseur canado-américain en 1986, avant que le Mexique ne s’y joigne en 1992. Le but consistait à protéger le marché nord-américain de l’Union Européenne (qui compte 28 pays). Et pour une troisième fois, les trois grands ont adopté le pacte en établissant des chaînes de montage au sud du Rio Grande afin d’engranger de nouveaux profits. Imaginez que le PT Cruiser était mexicain, tout comme le sont aujourd’hui les FIAT 500 ! Une toile élargie était tissée et incorporait cette fois des millions de pièces fabriquées à vil prix en Chine. Ce qui n’a pas empêché les mêmes trois grands de connaître d’importants déboires financiers en 2008.

Et voilà que débarque Trump, élu par des gens qui ont perdu l’espoir d’accéder à un niveau de vie acceptable et qui voient les plus riches toujours en profiter.

Comme ce fut le cas pour le bois, l’acier, l’aluminium et une foule d’autres produits, il demeure possible qu’un décret soit promulgué pour imposer des tarifs sur les pièces automobiles. Il se peut qu’en 2019 vous ayez à dire à un client qu’une réparation sera passablement plus dispendieuse à cause d’une augmentation du coût des pièces et de l’outillage. La différence sera marquée par des taxes et non par davantage de profits pour vous.

L’avenir est donc incertain.

Première hypothèse : certains analystes prévoient que l’imposition de tarifs ferait gonfler le prix des véhicules de 25 %. Si ce devait être le cas, les ventes de véhicules neufs chuteraient de façon importante, ce qui ne s’est pas produit depuis une décennie alors que le cycle normal était de sept ans. Et le véhicule usagé prendrait du galon, ce qui signifie que vos ateliers connaîtraient un regain d’affluence.

Seconde hypothèse : il n’y a pas de tels obstacles entre le Canada, l’Europe et l’Asie, si bien que nous pourrions revoir des marques comme Renault et Peugeot. Là encore, tout ralentissement du marché actuel sera bénéfique pour le marché secondaire.

Troisième hypothèse : on reviendra au marché d’avant 1964 alors que ce qui était vendu chez nous était produit au Canada. Nous avons assez d’usines en Ontario pour suffire à notre marché, mais le catalogue serait plus limité.

Dernière hypothèse : comme c’est souvent le cas, la situation risque de s’envenimer avant de s’améliorer, mais le sinistre personnage arrive à la moitié de son mandat. Il faudra d’abord espérer qu’il n’y aura pas de second terme ou souhaiter qu’on lui montre la porte le plus rapidement possible.

Le déclin et la chute de l’empire américain ne sont pas que des films.


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