Services à l’abonné
Magazine & e-Bulletin
L'automobile
Article de fond   01-04-2007   by Guy Arbour, ing., Éditeur

À quand le tournant vert? (April 01, 2007)


Bien que les routes aient largement dévisagé le paysage naturel et bien que le moteur à combustion constitue la source du tiers des gaz à effet de serre, l’automobile est l’un des produits manufacturés les mieux recyclés de la planète. Plus de 75 % du poids des véhicules hors d’usage (VHU) trouvent ainsi leur chemin vers nos ateliers de réparation et d’entretien ou vers les fonderies qui alimentent les manufacturiers. En Europe, c’est 95 % en poids de récupération ou recyclage des véhicules remisés qu’on vise pour 2015; on y remisait l’an dernier plus de 8 millions de VHU.

Peu à peu, la production manufacturée du monde entier devra s’orienter vers des matériaux qui permettent leur réutilisation en fin de cycle. Il en va de la survie à long terme de notre espèce. Nous sommes en train d’apprendre que les ressources comme le pétrole ne sont pas illimitées et que le coût énergétique de l’extraction des métaux ira croissant.

Nous sommes toutefois loin de cet objectif. Il n’est pas possible de recycler en ce moment les dizaines de sortes de plastiques et tous les alliages différents des rebuts des automobiles. Il est par ailleurs déjà assez difficile de gérer le recyclage de centaines de modèles différents de compresseurs d’a/c, par exemple. Pour en arriver à un recyclage presqu’à 100% de nos ressources, il faudra travailler «à la source» et standardiser tant le design que les matériaux de base des composants automobiles.

Les manufacturiers automobiles sont bien loin de cet objectif qui, de toute évidence, va contre leurs intérêts économiques à court terme. Si toutes les pièces communes étaient interchangeables, ça serait la fin de leurs lucratifs commerces de pièces de rechange. Les techniciens, tout comme les distributeurs, n’ont aucune difficulté à constater au contraire depuis quelques années une multiplication des «numéros de pièces» qui frise l’hérésie. Cette frénésie de différenciation des organes vitaux de l’automobile vise peut-être un certain contrôle du marché des pièces, mais, historiquement, ces tentatives se sont avérées vaines en raison de la capacité incroyable de «l’aftermarket» à générer rapidement des pièces similaires. Les producteurs chinois, indiens ou mexicains ont démontré à cet effet une facilité d’adaptation qui pourrait faire rougir les caméléons.

Le seul moyen d’atteindre une gestion plus «durable» des ressources, de l’énergie et des matériaux qui aboutissent en pièces automobiles est d’exiger leur «standardisation».

Bref, il faut moins de pièces et il faut qu’elles soient plus facilement interchangeables et recyclables. Les plastiques utilisés doivent être semblables, les métaux, compatibles. Une telle standardisation n’est pas une lubie : c’est ce qui nous permet de brancher une lampe ou un rasoir un peu partout en Amérique du Nord; c’est ce qui nous permet d’acheter un DVD de Sony, de Fisher ou de Philips, ou ce qui nous permet d’acheter une huile 10W30 du Canada au Mexique. Pourquoi diable nous faut-il tenir en inventaire 180 modèles de filtres à air ou 220 modèles de radiateurs?

C’est devenu une nécessité planétaire: la différenciation désordonnée de pièces d’équipement semblables engendre des coûts énergétiques, logistiques et environnementaux absurdes.

La pression pour une standardisation des pièces doit venir de ceux qui ont un intérêt économique à le faire: les grands distributeurs, les recycleurs, les directeurs d’ateliers et, en bout de piste, les consommateurs. Cet effort ne peut se limiter au Québec, qui ne produit pas de véhicules automobiles de grande série. Sans une sensibilisation du grand public, il n’y aura pas de miracle: on continuera de gaspiller nos ressources et d’enrichir ceux qui le font.

Il y a beaucoup trop de modèles différents d’automobiles qui ont toutes la même vocation de transporter quatre personnes en sécurité du point A au point B à une vitesse maximum de 110 km/h. Une PorscheCarrera, par exemple, n’a strictement aucun intérêt sur les routes du Québec, sauf pour augmenter son potentiel de séduction. Par quelle fantaisie collective coûteuse en est-on rendu à reconnaître plus facilement sa voiture dans un stationnement que son enfant dans la cour d’une garderie?

Bref, il est temps de sensibiliser les consommateurs à la nécessité de standardiser la construction de leurs automobiles pour que leurs organes soient plus transplantables que les nôtres (reins, coeurs ou poumons). Les consommateurs lancent peut-être un message en achetant massivement des Honda Civic, des Mazda3 ou des Toyota Corolla: un «standard» n’a pas à être ennuyeux.

Avec un peu plus de «thinking», les voitures seront moins chères, leur entretien sera facilité et on gaspillera moins de ressources pour les conduire. La bonne nouvelle c’est qu’on trouvera toujours un technicien compétent pour les conserver en bon état.


Imprimer cette page



connexes


Commentaire:

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*