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L'automobile
Article de fond   01-09-2008   by par Guy Arbour, ing. Éditeur

Plus d’intelligence, moins de contraventions


Les dentistes, les médecins ou les techniciens automobiles ont a priori un intérêt économique évident à ce qu’il y ait davantage de caries, de maladies ou d’accidents de la route. Paradoxalement, ils vont plutôt prêcher la bonne hygiène dentaire, la santé ou la bonne conduite automobile. Tout le monde veut le bien de son client, certains s’arrangeant même pour l’avoir!

De la même façon qu’on interview le médecin (qui répare des corps) sur la santé publique, on devrait naturellement interroger le technicien (qui répare des autos) sur des questions de sécurité automobile. Mais on ne le fait pas : on laisse plutôt les politiciens pérorer sur la chose.

Il en résulte des lois de plus en plus nombreuses et contraignantes assistées par un coûteux système policier dont l’efficacité est sérieusement mise en doute par les résultats récents des campagnes de prédation routière auprès d’automobilistes dits «fautifs». Malgré la campagne intensive pour nous forcer à rouler comme des escargots, le nombre d’accidents mortels a augmenté.

Au lieu de dire que la vitesse tue, on devrait nuancer et dire que c’est un facteur d’aggravation important de tout le reste : manque d’attention, facultés affaiblies, route en mauvais état, mécanique déficiente et surtout …l’effet cocon.

Les nouvelles automobiles procurent en effet un sentiment de plus en plus grand de sécurité: freins ABS, coussins gonflants panoramiques, direction intelligente, témoins de bord sophistiqués, etc. Ce sentiment de sécurité serait, d’après Tom Vanderbilt, un chercheur américain, la première cause des accidents automobiles. «La plupart des accidents », mentionne-t-il, «se produisent sur des routes sèches, lors de journées claires et ensoleillées, et à des conducteurs sobres». Il cite une statistique montrant que 80% des accidents surviennent quand un conducteur n’a pas porté attention à la route pour un délai pouvant atteindre trois secondes.

L’automobile est devenue l’extension de son salon. On parle au téléphone. On ajuste la climatisation différemment à l’avant, à l’arrière, à gauche et à droite. On ajuste la radio satellite, le lecteur CD, la radio FM, son volume, la balance, les hautes, les basses. On repère une direction sur le GPS. On soutient une conversation avec les passagers. On s’étire le cou pour observer une paire de jambes. On ajuste le toit ouvrant et la cadence des essuies glace avant ou arrières. Rarement accorde-t-on 100% de son attention au volant.

Tout ça, c’est mortel. Aucune voiture, même les merveilleuses Audi et Volvo, ne peut nous assurer de survivre à un impact de plus de 70 km/h. Les conducteurs sobres sont les plus grands responsables d’accidents. D’après Vanderbilt*, on ajuste son comportement de conduite d’après le nombre d’accidents qu’on a eus (au lieu de ceux qu’on a pu éviter), et aussi d’après le type de voiture qu’on conduit.

C’est ainsi que les gros VUS procurent un sentiment de sécurité tel qu’on les chauffe plus vite l’hiver et qu’on tend, avec eux, à négocier les virages de façon plus serrée. Il en résulte que ces véhicules sont davantage impliqués dans des accidents fatals. Plus la sensation de sécurité est grande, plus on osera aller vite ou prendre des risques.

À l’inverse, la perception d’un risque appréhendé engendre davantage de sécurité en élevant le niveau d’attention. Le même auteur a noté qu’il y avait plus de piétons qui étaient victimes d’accidents sur des passages piétonniers que lorsqu’ils traversent audacieusement au milieu de la chaussée. Il est notoire, aussi, que les épeurants rondspoints si familiers en France enregistrent 90 % moins d’accidents que les intersections dotées de feux de signalisation.

Pleins d’initiatives intelligentes pourraient ainsi contribuer à diminuer les accidents et la circulation. Déjà à Pompéi, le trafic de chariot atteignait une telle densité que César a décrété que les chariots à quatre roues (l’équivalent antique des camions) devaient être bannis pendant le jour — à l’exception de ceux qui construisaient des temples pour les dieux! Quand aura-t-on l’intelligence d’appliquer cette mesure vitale sur le boulevard Métropolitain, à Montréal?

D’autres mesures sont envisageables :

o La synchronisation des feux de circulation (lamentable à l’échelle du Québec)

o La réparation des routes

oUne signalisation intelligente en cas de travaux de construction

o Des tests de conduite obligatoires pour les citoyens plus âgés

o La taxation du passage sur les ponts entre 8 et 10 a. m. et entre 4 et 6 p. m.

o L’inspection obligatoire des véhicules à la revente

o Une meilleure diligence à diriger le trafic en cas d’accidents

Hélas, ni l’imagination, ni l’intelligence ne sont au pouvoir. On préfère jouer à la maîtresse d’école en punissant les enfants trop agités. Les contraventions sont devenues un Ritalin routier qui ne règle visiblement rien : on meurt sur nos routes à un rythme effarant.

*Why we drive the way we do (And what it says about us), par Tom Vanderbilt, Éd. Alfred A. Knopf, 2008


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