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L'automobile
Article de fond   30-04-2019   by Nathalie Savaria

Octogénaire


Voici le mot de la fin de notre rédacteur sénior, Michel Poirier-Defoy, paru dans le numéro du printemps 2019 du magazine L’automobile.

Au moment où vous lirez ces lignes, L’automobile soufflera ses 80 bougies ! Si aujourd’hui publier un magazine relève du tour de force, la revue que vous lisez actuellement est toujours aussi vivante et pertinente. Mais revenons à janvier 1939…

L’histoire débute en 1926 quand Rosario Messier publie des revues commerciales sur la distribution en alimentation, quincaillerie et plomberie. Leur popularité instantanée démontre que l’écrit demeure la meilleure façon de diffuser de l’information. Toutefois, la Grande Dépression retardera l’arrivée d’une quatrième revue sur l’automobile, qui verra finalement le jour en janvier 1939.

On ratisse large en 1939 quand on est l’unique voix dans le domaine et prendre le nom de L’automobile paraissait aussi évident que prédestiné. Dans le numéro phare, Séraphin Vachon, rédacteur en chef pour les 30 ans à venir, parle autant de distribution d’essence (8 cents/gallon) que du fait qu’il est nouvellement interdit de réparer ou même laver des véhicules dans la rue. On donne la liste de prix des automobiles neuves (Chevrolet 2 portes à 823 $, taxes incluses), mais aussi des pièces les plus populaires, comme un échappement complet pour Ford à… 1,89 $ ! Les principales enseignes sont regroupées dans un quartier à vocation plus technologique, sur l’avenue du Parc près de la rue Sherbrooke, à Montréal.

À ses balbutiements, le monde de l’automobile a finalement une plateforme unique où se côtoient les premiers concessionnaires, les distributeurs de pièces et les garagistes, souvent détaillants de carburant. Comme si tous les intervenants de l’époque étaient solidaires autour d’un seul objectif commun : faire que l’automobile soit un franc succès et que tous y trouvent leur compte.

Ce magazine canadien-français a pour but de faire le pont entre tous ces acteurs. Des débuts nobles qui mettent en scène l’automobile comme l’avenir du transport routier, la garantie d’une indépendance soudaine et l’accès aux coins les plus reculés du Québec.

Ce sont aussi les premières revendications et constitutions en association. La formation des comités paritaires qui élaborent la formation des mécaniciens, émettent des cartes de compétence et normalisent les salaires (20 cents/heure pour la première classe). Et finalement le besoin de regrouper toutes ces entreprises dans l’Association des Marchands, un lointain précurseur de l’AIA.

L’automobile suivait l’actualité et parlait nouvelles technologies, diagnostics et réparations, comme la révolutionnaire transmission semi-automatique d’Oldsmobile. On donnait des trucs pour prévenir la consommation excessive d’huile, dès 4 000 milles, allant même jusqu’à changer les segments de pistons !

L’automobile décernait des honneurs en faisant le portrait de personnalités marquantes. Ainsi, Édouard Hamelin, déjà conseiller municipal et marguillier dans Hochelaga, était le garagiste émérite, distributeur d’essence Super-Test et de pneus Good Year (en deux mots). Ancien directeur des ventes pour le manufacturier, Rosario Généreux était le concessionnaire Ford par excellence à Montréal. Finalement, homme d’affaires originaire de Marieville, Hector Préfontaine était reconnu comme le meilleur distributeur de pièces, avec 21 magasins en activité. Et pour être de son temps, son entreprise portait un nom anglais, United Auto Parts. À noter l’ambiguïté alors que le fondateur allégué de UAP est son frère Charles. Son entreprise devait passer à NAPA 70 ans plus tard.

Un long reportage sur le Salon de New York affiche les 18 marques vendues chez nous (5 ont survécu), la disparition de Pierce-Arrow et l’arrivée de Mercury. On applaudit la standardisation de la radio et d’une horloge, l’option climatisation, mais surtout le confort et la sécurité améliorée.

Finalement, on rappelle aux garagistes qu’on ne passe plus l’hiver les deux pieds sur la bavette du poêle depuis que l’antigel permet de rouler à l’année, augmentant la capacité de profits pendant la saison froide. Précisons que la Seconde Guerre mondiale allait être déclarée quelques mois plus tard, retardant l’arrivée de la VW Coccinelle allemande en Amérique.

Séraphin Vachon cèdera sa place à Ludovic Dionne à la fin des années 1960, quand L’automobile se concentrera principalement sur l’après-marché. Moins de dix rédacteurs en chef se succèderont sous quatre propriétaires différents, mais il faudra attendre 75 ans pour qu’une femme dirige le magazine.

Autant avez-vous souri en lisant ce qui faisait la manchette il y a 80 ans, autant trouvera-t-on bizarre dans 20 ou 30 ans toute cette période nécessaire pour passer à l’électricité, à l’hydrogène ou à une source d’énergie encore insoupçonnée.

 

 

 


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