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Article de fond   14-12-2017   by Nathalie Savaria

Mauvaise installation de pneus : à qui la faute ?


Nous reproduisons le texte de la chronique C’est la loi ! de Me Jean-François Guay, paru dans le numéro de novembre-décembre 2017 du magazine L’automobile.

Un client se présente à un commerce pour se procurer des pneus d’hiver. Après discussion et négociation sur le prix, celui-ci achète les pneus et le commerçant accepte par courtoisie de les installer gratuitement. Quelques mois plus tard, le commerçant reçoit une mise en demeure du client qui lui reproche de ne pas avoir monté correctement les pneus sur les jantes. Le client lui réclame le remboursement de ses pneus qui, selon ses dires, se sont usés prématurément. Le consommateur poursuit également le manufacturier de pneu. Voyons les faits de la cause.

À l’automne, un consommateur a payé 1 100 $ avec sa carte de crédit pour l’achat de quatre pneus d’hiver. La facture indique que le prix inclut les taxes, sans faire mention des frais pour la pose des pneus. Le consommateur déclare que l’un des employés du commerçant a posé les pneus moyennant un supplément de 50 $ qu’il a payé comptant et qu’il a obtenu une facture à cet effet.

Au printemps suivant, le consommateur se rend chez un autre commerçant pour faire installer ses pneus d’été. Lorsqu’il procède au démontage des pneus d’hiver, le technicien lui dit, avant de retirer les jantes, que les quatre pneus sont endommagés de manière  identique, le rebord en caoutchouc servant à s’agripper aux jantes étant déchiré ou manquant à certains endroits. En somme, les pneus sont foutus.

Les causes probables

Le consommateur communique avec le manufacturier de pneu. Son représentant nie toute responsabilité et mentionne que les causes probables des dommages peuvent être variées : une mauvaise utilisation des outils de montage et démontage des pneus sur les jantes, une lubrification insuffisante des talons du pneu ou de la roue lors du montage et démontage, une dimension inadéquate de la roue, la possibilité que les roues soient rouillées ou déformées. Finalement, le représentant affirme que les dommages ne sont pas liés à un défaut de fabrication ou de matériau.

À la suite de ses explications, le consommateur en vient à la conclusion que le commerçant est à l’origine des dommages parce qu’il aurait mal lubrifié les pneus et les jantes lors de la pose. Le pneu a ainsi collé à la roue sous l’effet de la chaleur et il s’est ébréché avec le temps.

Au procès, l’un des employés du commerçant témoigne qu’il a installé les pneus du consommateur par courtoisie, comme son patron le lui avait demandé. Il affirme que le consommateur lui a offert un pourboire de 20 $ qu’il a refusé. Il dit se souvenir de la situation, car le véhicule du consommateur est unique et que ce dernier jasait beaucoup. Il ajoute qu’il n’a jamais abîmé les pneus lors de l’installation puisqu’il utilise toujours un produit spécifique pour lubrifier le pneu et la roue avant le montage. Il termine en disant qu’il a 10 ans d’expérience en pose de pneus et qu’il est probable que les pneus aient été endommagés au démontage plutôt qu’au montage. Le consommateur nie l’ensemble de ces affirmations et déclare n’avoir jamais fait affaire avec cet employé, mais avec un autre dont il ne se rappelle pas le nom. De son côté, le représentant du manufacturier témoigne qu’il a vu les pneus endommagés et affirme que les dommages ont été causés lors du démontage printanier.

La décision

Le Tribunal mentionne que la partie qui veut faire valoir un droit doit faire la preuve des faits qui soutiennent ses prétentions. Or, l’employé du commerçant et le représentant du manufacturier ont expliqué de façon pertinente qu’un pneu peut se déchirer lors du démontage. En contrepartie, le consommateur affirme que le technicien qui a enlevé les pneus au printemps lui a montré les pneus endommagés alors qu’ils étaient toujours sur les jantes. Toutefois, le consommateur n’a pas cru utile de faire témoigner cette personne.

Le Tribunal considère que le consommateur n’a pas prouvé de façon prépondérante que les dommages causés aux pneus sont dus à une mauvaise lubrification lors de la pose à l’automne. Dans l’hypothèse où la preuve permettrait de faire ce lien, le consommateur n’a pas été en mesure de déterminer l’identité de celui qui a posé les pneus ni d’exhiber une facture concernant l’installation puisqu’il aurait égaré ladite facture. En outre, aucune preuve ne permet d’établir la responsabilité du manufacturier. Pour ces raisons, la demande est rejetée.

 

 


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1 commentaire » for Mauvaise installation de pneus : à qui la faute ?
  1. Les probabilités du bris du talon sont selon moi 99,9% lors du démontage. De plus c’est impossible de voir le talon endommagé lorsqu’il est encore monté sur la jante. Si toutefois le talon aurait été brisé au montage, il y aurait de forte chance qu’une boursoufle apparaîtrait sur le flanc du pneus lorsque la pression d’air s’infiltre entre les lamelles des plies du pneu. C’est mon opinion

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