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L'automobile
Article de fond   17-04-2018   by Nathalie Savaria

Lithium


Nous reproduisons le mot de la fin de notre rédacteur sénior, Michel Poirier-Defoy, paru dans le numéro de mars-avril 2018 du magazine L’automobile.

En se pétant les bretelles, le gouvernement du Québec et son ineffable ministre de l’Environnement de l’époque, David Heurtel, ont promulgué en octobre 2016 la Loi visant l’augmentation du nombre de véhicules automobiles zéro émission (couramment nommée loi 104) afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre et autres polluants. On ne peut critiquer nos élus quand ils désirent rendre le Québec plus vert, surtout quand nous avons des surplus d’électricité, notre or bleu et énergie la moins polluante sur la planète.

Nous ne sommes pas les premiers à agir ainsi et à mettre de la pression sur les fabricants. Une dizaine d’États américains l’ont déjà fait, comme la Californie qui compte plus d’habitants que le Canada et dont les lois écologiques ont fait école depuis plus de 40 ans.

Grosso modo, quand on parcourt le libellé du document, on se rend compte que les manufacturiers seront obligés dès cette année à vendre 3,5 % de leurs véhicules avec la mention zéro émission ou une quelconque forme d’hybridité. Valide seulement si un manufacturier vend plus de 4 500 véhicules au total, ce qui écarte toutes les marques dispendieuses et polluantes dont peuvent se prévaloir les mieux nantis.

Mais quand on y regarde de plus près, il n’y aurait pas eu de loi 104 que la situation n’aurait pas changé d’un iota. Le calcul des crédits permet beaucoup de liberté aux fabricants, si bien que peu d’entre eux seront pénalisés. Cette loi est bien davantage une déclaration de principe qu’un pistolet sur la tempe. Et s’il devait y avoir une hausse de prix, ce serait évidemment les consommateurs qui casqueraient, et cette fois, les moins riches. Notons au passage que c’est en Norvège qu’on constate le plus haut taux de pénétration des véhicules à zéro ou faible émission, avec 30 % des ventes ! Et ce pays est producteur de pétrole (14e mondial) autant que d’électricité (6e) !

Le Québec, seule province canadienne à poser ce genre d’ultimatum aux manufacturiers, devra donc suivre la parade des pays aspirant à la vertitude. Il n’y a pas de doute qu’on aimerait bien aligner des véhicules sans émission dans les parcs des concessionnaires, mais on ne soutient pas la cadence requise.

Pendant que les membres de l’OPEP contrôlent assez bien le prix du baril de pétrole, malgré l’abondance mondiale de l’or noir, on peine à trouver plus de lithium, le nouvel eldorado en matière d’énergie. En deux ans, son prix a plus que doublé et on a du mal à dénicher de nouvelles sources d’approvisionnement. On peut évaluer le prix du lithium à quelques milliers de huards par véhicule. De plus, cette matière est à son tour contrôlée par une poignée de compagnies à but très lucratif, ce qui n’a rien de rassurant.

Finalement, tout ce qui s’appelle véhicule motorisé avec des accumulateurs d’énergie doit utiliser le même produit que des milliards de cellulaires et autant de piles de toutes sortes. La baisse de prix annoncée avec l’augmentation des ventes et la venue de modèles plus simples ne se produira jamais. On va donc rouler au pétrole polluant pendant un sacré bout de temps, n’en déplaise à tous les environnementalistes de la terre.

Il faut tout de suite se tourner vers des produits alternatifs pour stocker l’électricité : l’ère du plomb est révolue et le lithium se fait rare. La commercialisation de l’hydrogène devra être devancée et passer du niveau expérimental – j’ai conduit un tel véhicule il y a plus de 10 ans déjà – à la salle de montre dans les plus brefs délais.

C’est à se demander si l’histoire ne se répète pas encore une fois. Au tournant du 20e siècle, l’électricité était déjà répandue et les stations d’essence étaient plutôt rares. Rappelons-nous que le premier véhicule à passer le cap des 100 km/h était mû à l’électricité, en 1899. C’est toutefois l’incapacité à stocker cette énergie qui a permis au pétrole de prendre les devants. Près de 120 ans plus tard, nous en sommes au même carrefour.

Le jour viendra où on éliminera la source d’énergie maudite, probablement quand nous suffoquerons sous la pollution. Cependant, comme disait un de nos grands poètes, « …mais nous nous serons morts, mon frère » !

 

 

 

 

 


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1 commentaire » for Lithium
  1. Bravo Michel,
    Excellent rappel de la triste réalité.

    Merci

Commentaire:

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