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L'automobile
Article de fond   06-03-2018   by Nathalie Savaria

Éthique


Nous reproduisons le mot de la fin de notre rédacteur sénior, Michel Poirier-Defoy, paru dans le numéro de janvier-février 2018 du magazine L’automobile.

Bienvenue au musée des horreurs ! Peu importe l’expérience que vous avez dans le domaine de la mécanique, vous avez déjà une liste d’anecdotes des plus cocasses à propos de véhicules que vous avez vus et réparés… ou pas, dans votre carrière. Il suffit à l’heure de la pause de lancer le débat et vous aurez droit à une litanie d’histoires amusantes et parfois abracadabrantes.

En voici une que j’ai vécue : après avoir perforé mon réservoir d’essence sur une route défoncée loin au nord de Saint-Michel-des-Saints, j’ai été remorqué vers un camp forestier où on m’a remis un bidon de carburant, assez pour me permettre de retourner vers la civilisation. À la différence que j’ai dû couper le conduit relié à la pompe à essence (à l’époque boulonnée dans le bloc-moteur) et le plonger dans un bidon de lave-vitre, question de pouvoir conduire avec un capot abaissé ! Et il m’a fallu m’immobiliser à chaque 40 kilomètres afin de remplir le mini réservoir. Imaginez l’histoire que le mécano qui a fait la réparation en a gardée !

Le livre des horreurs est aussi épais que la Bible, mais ce qu’il faut en retenir, c’est que chaque mécanicien réagira à sa façon quand il sera confronté à un client dont le véhicule est carrément dangereux.

Il y a les méticuleux, ceux qui sont aussi catholiques que le pape. Ils vont non seulement avertir le client, quitte à le sommer d’effectuer des réparations, mais iront jusqu’à le signaler aux instances policières. J’ai déjà entendu, avec raison, la réflexion suivante : « Je ne voudrais pas qu’en repartant de mon établissement il fauche trois enfants à une traverse d’écoliers. »

Puis il y a les modérés. On presse le client d’effectuer un minimum de réparations en précisant que son véhicule est non sécuritaire, tant pour lui que pour sa famille. S’il n’y a rien à faire, on se protègera en ajoutant une note sur la facture ou l’évaluation des réparations à faire. En espérant que le client vous trouve assez professionnel au point de revenir.

Enfin, il y a les inconscients, aussi tricheurs que leurs clients. Du genre à fermer les yeux, à souhaiter bonne route au client après avoir fait un rapide calcul sur un bout de papier et empocher la somme, en comptant, sans taxes. Le genre d’établissements dont le métier gagnerait à se débarrasser.

Le Québec est plutôt laxiste en matière d’inspection mécanique. Outre les inspecteurs du camionnage qui peuvent être assez pointilleux, on fait peu d’inspections, hormis pour les véhicules gravement accidentés (VGA) et ceux qui proviennent de l’étranger. En Ontario, ce sont TOUS les véhicules qui passent une telle inspection. Mais il y a des failles : on a vu un inspecteur accusé devant le tribunal pour manque de rigueur (les inspections avec un 20 $ oublié dans le cendrier avaient cours à un certain moment).

Ainsi, les ateliers n’ont pas besoin d’avoir de remords quant à leur déontologie. Au fait, si un véhicule ne passe vraiment pas l’inspection, les chances sont bonnes qu’il soit mis en vente comme d’occasion… au Québec ! Ailleurs, comme en Colombie-Britannique, on se préoccupe d’inspection des émissions polluantes. Au Québec, rien du tout, mais n’allez pas croire que je suis en faveur d’un régime d’inspections systématiques pour autant. La loi 42 (pneus à neige) a suffi.

Chez nous, l’éthique devient celle que vous vous imposerez. Le client qui a un bouquet de clignotants sur son tableau de bord n’ira pas chez un concessionnaire, peu importe ses raisons. Il ira dans un atelier de réparation et c’est un conseiller ou un technicien comme vous qui fera face au problème.

Procédez avec diplomatie, par étape, une réparation à la fois. La simple prise de conscience de l’état de son véhicule par le client est une première étape. Invoquer la sécurité, la possibilité de l’accident ou l’intervention policière en est une autre. Demeurez en bons termes avec le client en souhaitant le revoir.

Et s’il n’y a rien à faire et que vous sentez que vous êtes face à un vrai Bougon, apaisez votre conscience et rapportez-le aux flics. Le code d’éthique est un élastique qui a ses limites.

 


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