Services à l’abonné
Magazine & e-Bulletin
L'automobile
Article de fond   07-08-2019   by Nathalie Savaria

À quoi ressemblera un avenir sans conducteur ?


Un certain nombre d’accidents de grande envergure impliquant une technologie autonome ont freiné l’engouement pour ces véhicules.

Par Adam Malik

L’appui aux véhicules autonomes est en perte de vitesse dans le monde entier.

Selon un récent sondage intitulé 2019 Deloitte Global Automotive Consumer Study, l’opinion est divisée aux États-Unis : 50 % pensent que les véhicules autonomes ne sont pas sûrs. Il en va de même au Japon et, de manière comparable, en Corée (49 %), en Inde (48 %) et en Allemagne (47 %).

En 2018, le même sondage révélait que moins de personnes (47 %) aux États-Unis partageaient ce point de vue. En 2017, 74 % estimaient que les véhicules autonomes n’étaient pas sûrs. Ainsi, malgré une baisse importante de 2017 à 2018, le nombre de personnes sceptiques à l’égard des véhicules autonomes a augmenté en 2019. L’Allemagne et l’Inde ont connu des tendances similaires. Bien que les inquiétudes aient diminué au Japon, en Corée et en Chine – où seulement 25 % des personnes interrogées ont le sentiment que les véhicules autonomes ne sont pas sécuritaires -, la baisse d’une année à l’autre était cependant loin des pertes énormes enregistrées précédemment.

En mars 2018, une femme est décédée en Arizona après avoir été frappée par un véhicule autonome Uber. Soixante-cinq pour cent des Américains ont déclaré que des incidents de ce type les rendaient plus prudents face à la technologie, juste derrière les Coréens (68 %).

La confiance est aussi un autre aspect mis en cause. Sur tous les marchés importants, la confiance envers les constructeurs automobiles traditionnels pour la mise en marché d’une technologie entièrement autonome était à la baisse. Et ce n’est qu’au Japon (68 %) qu’une majorité de répondants leur fait confiance pour y parvenir. Les États-Unis (39 %), la Corée (37 %) et l’Allemagne (33 %) suivent.

« Ils doivent surmonter beaucoup de problèmes », a déclaré James Carter, consultant principal chez Vision Mobility situé à Toronto.

Les problèmes liés à la législation et à la responsabilité en cas d’accident ne sont que deux préoccupations parmi d’autres. Comprendre la logistique pour faire fonctionner la technologie autonome en est une autre. Les développeurs doivent avoir une vision plus large.

« L’une de nos principales convictions est que nous nous concentrons beaucoup trop sur les technologies isolées et pas assez sur les écosystèmes », a-t-on indiqué dans le sondage 2019 Global Automotive Executive Survey, publié par KPMG.

La mise en place d’un écosystème capable de gérer une technologie autonome est peut-être ce qui cause le plus grand retard dans l’arrivée des véhicules autonomes sur nos routes. Le défi reste de savoir comment intégrer les besoins des villes, des banlieues et des communautés rurales avec la technologie CASE (connectée, autonome, partagée et électrique) et l’infrastructure nécessaire (connectivité 5G, réseau électrique et infrastructure routière) pour faire fonctionner ce système.

« Ce qu’ils essaient de faire est vraiment très compliqué, a déclaré M. Carter. Il faut donc beaucoup de recherche et de développement pour que cela puisse se mettre en place. »

Cela dit, ces problèmes ne sont pas insurmontables. En fait, lorsqu’on compare le rapport coût/bénéfice, celui-ci reste largement en tête des préoccupations de nombreux experts. Pour la société, l’objectif ultime est d’atteindre zéro accident entre véhicules grâce aux voitures autonomes. Pour les entreprises, la réduction des coûts liés à l’embauche de chauffeurs pour les livraisons est leur principal objectif. D’où la volonté d’Uber et de Lyft d’établir un parc de véhicules autonomes.

« Toutes ces choses valent vraiment la peine d’investir des tonnes d’argent dans le développement et d’aller de l’avant. Les choses vont prendre du temps à se mettre en place, mais cela se produira certainement. »

M. Carter prédit que d’ici 2040, les technologies de conduite autonome de niveau 4 ou 5 seront utilisées dans 55 % de tous les véhicules vendus.

Les chemins de l’autonomie

Des stratégies visant à créer un monde sans conducteur sont abordées dans différentes directions. Google, par exemple, cherche à atteindre l’automatisation de niveau 5 d’abord, puis à redescendre.

« Ainsi, en entrant sur le marché, ils seront en mesure de dicter ce que sont les bons capteurs, la bonne architecture électronique, les bonnes redondances, les bons points nécessaires pour que les constructeurs automobiles puissent atteindre chaque niveau d’automatisation », a déclaré Franck Leveque, chef de secteur et partenaire chez Frost & Sullivan.

Les constructeurs automobiles adoptent généralement une approche progressive en partant de l’extrémité opposée pour se rapprocher du niveau 5.

« [Ils] améliorent l’aide à la conduite pour atteindre un niveau d’automatisation supérieur, a déclaré M. Leveque. Ce processus est actuellement le moyen le plus économique de développer une technologie de conduite autonome, mais il présente des limites en termes d’échelle.»

Ce qui n’aide pas non plus, c’est que les diverses régions du monde ont des règlements, des opinions et des approches différentes en matière d’autonomie. Par exemple, depuis le 1er janvier, le gouvernement progressiste-conservateur de l’Ontario a autorisé une vaste série de tests avec des véhicules autonomes sur les routes publiques de la province. L’Ontario est la première juridiction au Canada à permettre de tels tests.

Cela ne signifie pas que l’Ontario autorisera les véhicules autonomes sur ses routes, contrairement au Québec, par exemple. Les différences seront observables entre les pays plutôt qu’entre les provinces. Pourtant, cela soulève un autre problème. Avec des technologies, des règlements et des écosystèmes disparates dans différentes régions du monde – créant ainsi des « îlots d’autonomie », comme le dit KPMG -, comment pouvons-nous nous réunir afin de créer une norme mondiale ?

« Connecter les îles, a déclaré Dieter Becker, responsable mondial de l’industrie automobile situé en Allemagne pour KPMG. Nous devons prendre conscience qu’il n’y a tout simplement pas une seule réponse globale et que la connexion d’îlots sera donc l’une des tâches principales de l’industrie automobile à l’avenir. »

La voiture comme marché

Jusqu’à ce que cette technologie soit mise au point, quelques avancées devraient s’imposer dans un proche avenir. L’une d’entre elles est la capacité donnée au conducteur et aux passagers du véhicule de se procurer un service ou un produit.

« L’idée est d’apporter aux occupants des véhicules des capacités d’achat directement disponibles à partir du véhicule », a déclaré M. Leveque.

Les consommateurs peuvent entre autres choses acheter de l’essence, payer le stationnement, commander et payer la nourriture, réserver des hôtels et naviguer sur Internet au volant.

« Ce marché offre des fonctionnalités supplémentaires en ce sens qu’il limite également les options permettant de réduire la distraction du conducteur », a déclaré M. Leveque.

« Par exemple, un client de Starbucks peut commander auprès de la voiture en cours de conduite, mais seulement avec quelques choix basés sur les commandes précédentes qui seront affichées. »

Les actions qui nécessitent plus d’engagement ou de concentration peuvent être effectuées lorsque le véhicule est immobilisé ou par l’intermédiaire d’un assistant personnel virtuel. IHS Markit s’attend à ce que près de 700 millions d’assistants personnels virtuels soient activés dans les véhicules – à l’aide d’appareils mobiles ou d’une connexion avec des appareils à la maison – d’ici 2024.

La plus grande tendance

À l’intérieur du marché de l’automobile, la plus grande tendance des entreprises de l’industrie d’ici 2030 est la connectivité et la numérisation.

Près de 60 % des constructeurs automobiles du monde entier – dont 86 % au Canada – ont déclaré à KPMG qu’ils comprenaient la nécessité d’une technologie transparente, individualisée, sûre et à la demande dans le futur écosystème de la mobilité. Pour que les consommateurs puissent commander un café ou réserver un hôtel à partir de leur véhicule, la connectivité et la numérisation sont essentielles.

« L’industrie automobile entre dans une phase de restructuration dans laquelle il devient de plus en plus important de s’appuyer sur les compétences et l’expertise de base développées au cours des dernières décennies, tout en définissant le rôle dans le nouvel écosystème qui garantit des flux de revenus futurs », indique le rapport de KPMG.

 


Imprimer cette page



connexes


1 commentaire » for À quoi ressemblera un avenir sans conducteur ?
  1. Serge Gauthier says:

    Une femme heurté par un véhicule autonome c”est très triste et dommage mais combien de piéton sont tués par année par des véhicules avec conducteurs !!!! Tel doit être le débat
    Au tout début de l’automobile il y a eu un premier piéton à se faire frapper par une auto grande indignation pour ces véhicules de l’enfer….. un cheval n’aurait jamais écrasé un piéton
    Si nous en étions resté là il n’y aurait pas de voitures surles routes

    Bonne réflexion

Commentaire:

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*