Services à l’abonné
Magazine & e-Bulletin
L'automobile
Article de fond   04-04-2017   by Nathalie Savaria

Forgerons


Nous reproduisons ici le Mot de la fin de Michel Poirier-Defoy paru dans le numéro de mars-avril 2017 du magazine L’automobile.

Il suffit de se rappeler notre histoire et suivre quelques téléromans à la télé pour se rendre compte que le métier de forgeron au 19e siècle avait une importance capitale dans notre société. Il s’apparentait au transport puisque le maréchal-ferrant voyait à bien ferrer les chevaux, le principal moyen de locomotion à cette époque. Il était aussi celui qui voyait à la fabrication et à l’entretien de tout ce qui était carriole, charrette et autre buggy, tant pour le travail que pour les déplacements en toutes saisons. Finalement, plusieurs d’entre eux avaient un côté artistique puisqu’ils fabriquaient des fers de galerie et autres beaux objets décoratifs. Le forgeron faisait partie de l’élite de chaque village et on pouvait le placer dans le top 5 des notables après le curé, le docteur, le notaire et le marchand général. Il manipulait le fer brut et employait une source d’énergie presque nouvelle, le charbon. Il était indispensable, reconnu et respecté.

La venue de l’automobile au début du 20e siècle a donné un nouveau souffle à ce métier. Un grand nombre de boutiques de forge se sont transformées en postes d’essence. Les forgerons sont devenus aussi des soudeurs parce qu’ils avaient cette capacité à dominer le métal. Et c’est par extension qu’avec le temps le métier de mécanicien a pris naissance puisqu’il fallait entretenir, réparer et souvent bricoler pour que le monde continue à tourner… et à rouler.

Petit à petit, le métier original est devenu artisanal, mais les descendants qui étaient passés à l’automobile ont établi les bases d’une industrie aussi essentielle que prospère. Toutefois, le forgeron, tellement vénéré dans son milieu à l’époque, est devenu un travailleur dont le lustre social est passé à l’anonymat. Depuis une décennie, on a bien tenté de redorer le blason du classique mécanicien en le renommant technicien automobile, mais le fossé est demeuré important.

Je suis toujours impressionné quand je vois un technicien à l’œuvre : de la clef à molette à l’ordinateur, du scanner à la torche à souder, ses connaissances couvrent une foule de domaines. Quoi qu’on en dise, sa capacité à travailler en anglais est essentielle autant que ses compétences à résoudre des problèmes de codes provenant des nombreux ordinateurs qui gèrent dorénavant les véhicules. Il doit travailler sur des véhicules relativement neufs ou carrément âgés, en présence de matières dangereuses ou toxiques. Les règles et normes concernant l’environnement ou la sécurité font partie de son quotidien. Sous un véhicule gelé et dégoulinant en hiver jusqu’aux composantes qui surchauffent en été, il doit travailler avec des gants, des lunettes et des protecteurs aux souliers afin de préserver son corps.

Il suffit de passer devant les stationnements où logent les usines de montage en aéronautique pour se rendre compte que l’appel est plus convivial pour les candidats. Le travail en électronique et en informatique a également absorbé son lot de vocations. En conséquence, ceux dont la passion pour l’automobile ne se dément pas se font moins nombreux.

Nous en sommes donc arrivés à une époque où il faut redonner du prestige au métier de technicien automobile. Certains centres de formation peinent à trouver le nombre minimal requis pour ouvrir un seul groupe. La formation continue, sans être très coûteuse, ne rejoint pas la majorité des candidats qui seraient susceptibles de rafraîchir leurs connaissances. Le métier n’a rien de mineur et devrait commander une rémunération plus importante. Le phénomène où on doit faire ses classes en milieu de travail à un salaire à peine supérieur au tarif minimum consenti par la loi en incite plusieurs à penser à un changement de carrière au bout de quelques années.

Il faudrait aussi éduquer le consommateur qui comprend de moins en moins à quel point le technicien qui se penche sur son véhicule est un professionnel dont les compétences n’ont rien à envier à n’importe quel autre corps de métier. Que le taux horaire dans les ateliers est d’au moins 50 % moins élevé que celui d’un concessionnaire et bien en-deçà de ce que demandent certains corps de métier. Et que le mécanicien d’atelier qui a une dizaine d’années d’expérience est plus polyvalent et combien plus fiable. La complexité des tâches et l’imprévu qui accompagne toute intervention mécanique font en sorte que le jour où on voudra confier le travail à un robot n’est pas encore arrivé. Le technicien automobile a hérité du talent de son ancêtre le forgeron.

 


Imprimer cette page



connexes


Commentaire:

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*